L’arrogance de la Raison, faux pouvoir

La culture est une composante des échanges humains, invisible et cependant assez puissante pour anéantir une stratégie de changement, ou perturber son exécution

manager multitaches

Edgar Morin, parlant du rôle de la culture dans la compréhension des comportements sociaux,  dit ceci ( travaux de Tobie Nathan )

« Si une femme se dit « possédée par un « esprit »  , à quoi bon lui dire « mais non, mais non !  » .esprit malin

Mieux vaut entrer dans son univers et recourir à des moyens  curatifs qu’elle attend, en fonction de ses croyances.

Une étude de cas :

le recrutement en interne d’un Chef d’atelier et la question posée : nous avons un candidat, dont la compétence technique est acquise, qui est intelligent et capable d’apprendre, donc d’évoluer. C’est une personne dont  l’ambition est d’asseoir un statut social ( avec la gratification €€€  qui est, pour lui  le signe de respectabilité, ou de dignité?  ) mais qui est instable émotionnellement – de façon cyclique et récurrente – avec des manifestations de violence avérée.  Il tient aussi un pouvoir, de son rôle de délégué syndical .

chef

Est-ce que cette personne, qui ambitionne un changement de statut, peut changer ses comportements indésirables ?

Le lien entre l’individuel et le collectif

 Ce que semble accréditer le Chef d’entreprise, ( politique du bâton et de la carotte ) c’est que la personne, puisqu’elle sera valorisée dans un nouveau rôle social, assorti d’un salaire revalorisé aussi , va progressivement se responsabiliser pour assumer correctement son « rôle » et se débarrasser du « mauvais esprit » ( référence à l’animisme cité plus haut )

 Ce qui part d’une intention positive du Chef d’entreprise, repose aussi sur une observation juste :  le cerveau réagit à l’image de « sa propre valeur » ; par le jeu des gratifications, quand elles touchent au sentiment de sa « valeur » personnelle, la personne  va conforter son assise d’estime personnelle, lui permettant de mieux se positionner et se développer humainement.

… En même temps, c’est un raccourci qui ne résiste pas à l’épreuve du réel ..

Ce qui risque de se reproduire , ( si on ne comprend pas le « process culturel, ou identitaire  » en jeu,  dans le symptôme « de l’esprit qui le possède » ..) c’est que cette personne, de façon incontrôlée, perde son discernement, et sous l’emprise d’un « esprit » ancré en elle (violence ) et qu’elle agisse, mûe par un automatisme réflexe , et prenne à ce moment là des décisions  hérétiques, ou malencontreuses ; c’est la capacité de discernement qui est ici en jeu.

( le pilote du Titanic  a juste fait une erreur d’appréciation du danger !)

Est ce que vous êtes susceptible de confier le pilotage d’un avion qui transporte des biens et des personnes à une personne qui peut perdre le contrôle d’elle même?

Ce qui est en cause, ce n’est pas le  « mauvais esprit« , mais la « perte du contrôle de  soi » , les désordres du jugement qui s’ensuivent,  et la violence qui s’exprime, sous l’effet d’un ressort d’un automatisme / réflexe.

Donc, rien qui soit sous le contrôle de qui que ce soit .. La personne  n’a plus de contrôle, ni du « self » ni de la situation – et c’est bien  le sens de la « responsabilité individuelle », dans le  collectif : ce que je  décide et ce que je fais, entraine des conséquences pour les autres et la marche des affaires de l’entreprise.

mangt émotion

 Est-ce que en  l’état actuel de la connaissance,  un psychiatre a le pouvoir de transformer un meurtrier intelligent en « Ange » ,  en lui faisant miroiter une forte gratification sociale ? Quelles sont les évidences de cette croyance? et si le nouvel « Ange », mû à nouveau par l’esprit qui l’habite récidivait?

Si le comportement =  perte de contrôle de soi + désordres du jugement se reproduit,  alors que la personne est investie d’une responsabilité 

1)  C’est le Patron de l’entreprise, ( risques psycho sociaux ) qui endosse la « faute » en cas d’accident grave

2)  Comment les ouvriers  interprètent-ils  la loyauté et le respect qu’ils doivent à la hiérarchie ? (comment sera interprétée la promotion ?)

3)  Quelle est la crédibilité du Chef d’entreprise, qui « couvre » les transgressions des règles et accepte le rapport de force/chantage  = arbitraire

 4)  Quel bâton va-t-on utiliser  pour le faire avancer?

C’est la promesse d’un rapport de force binaire : « il  obéit  ou il se démet « 

ou encore, la personne monte les enchères, et demande une autre carotte ( par le passé ça a marché! )

ou encore la personne décide un « harcèlement » au travers des moyens extérieurs à l’entreprise

ou encore le (n+1 ) prends sur lui les « manquements » du Chef d’atelier et l’infantilise ( déresponsabilise ) ….( consommation de temps du manager )

Comment la rationalité des chiffres, comme essence et substance supérieure peut masquer partie de la réalité ?

 Au delà de ce rapport de force, ponctuel, ce qui apparaît après analyse, c’est que le Chef d’entreprise révèle,  qu’il est le jouet d’un chantage affectif qui s’exerce à son encontre ( système relationnel aliéné )

Où est le piège? Dans la foi en une rationalité basée sur les chiffres ,  et une confiance indéfectible en l’arbitrage de la Loi ( Autorité )

pouvoir royal

1) Priorité des résultats matériels  ( La règle et la dictature  des chiffres )

2)  Respect des process (La Loi intérieure)

3)  Respect de l’autorité du Chef ( carotte et bâton =  la Loi du Chef )

La marge de manœuvre, en cas de conflit est très binaire : le rapport de forces penchera d’un côté ou de l’autre suivant le contexte. La « charge » émotionnelle  du Chef d’entreprise colonise sa disponibilité. Il endosse des problèmes qui ne sont pas solubles par lui, qui ne sont pas sous contrôle.

Ce que dit la neuroscience, qui étudie le fonctionnement du cerveau, et assoit le fondement de l’intelligence émotionnelle, c’est que nous prenons des décisions émotionnelles d’abord, que nous justifions après coup par la rationalisation.

Pas d’émotion, pas de juste discernement ( coupé d’une partie de la réalité, pas de feed-back constructif )

Pas de bonnes émotions, ( comprises pour ce qu’elles signifient pour nous ) pas de bonnes décisions

La « raison ouverte », est nécessaire pour dialoguer avec le réel

« Elle est nécessaire pour combattre nos ennemis intérieurs : la lutte contre la rationalisation

la réification, la déification, qui sont une instrumentalisation de la raison; c’est la tâche même de la rationalité ouverte »

(Edgar Morin : les maladies de la raison)

raison ouverte

michele.lefebvre.consultant@gmail.com

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