femmes & hommes libérés de leurs entraves (1922)

inde jeunes fillesDans notre pays aussi, lorsque les femmes, libérées des entraves artificielles obtiendront la plénitude de leur humanité, les hommes aussi atteindront leur plénitude » 
Tirthankar Chanda

Il y a cent ans, l’Indien Rabindranath Tagore, originaire de la province indienne du Bengale, recevait le prix Nobel de littérature. Premier écrivain d’Asie à se voir attribuer cette récompense prestigieuse, Tagore n’avait alors que 52 ans et avait écrit essentiellement de la poésie et des chansons en Bengali, sa langue maternelle. C’est cette poésie foisonnante, empreinte d’un romantisme mystique que le jury Nobel avait tenu à distinguer, donnant un écho mondial à l’originalité de son art poétique.

Kumudini

est un des grands romans bengalis du 20è siècle, signé Rabindranath Tagore.

Tagore s’y attaque, à travers une fiction puissante et grave, au poids de la tradition, aux maux du patriarcat et à la place problématique de la femme. Les questions que le romancier y pose sur la place de la femme dans l’hiérarchie familiale, sur son libre arbitre, demeurent encore d’une grande actualité dans la société indienne où la femme n’est toujours pas libre, réduite à son statut peu enviable du « deuxième sexe ».

Quête entravée

« Dans notre pays aussi, lorsque les femmes, libérées des entraves artificielles obtiendront la plénitude de leur humanité, les hommes aussi atteindront leur plénitude », écrivait Tagore en 1922, dans une lettre à un ami. Cette quête de la plénitude constitue le principal mouvement de Kumudini. Elle est incarnée par le personnage éponyme. Jeune femme de dix-neuf ans, issue d’une famille de haute caste de propriétaires terriens, Kumudini a été élevée par son frère aîné, célibataire et athée, qui lui aura tout enseigné : la musique, la littérature, le sanskrit, les échecs, la photographie, les arts. Eduquée dans une culture libérale et humaniste, consciente de ses potentiels, Kumudini connaîtra le drame en s’alliant, dans le cadre d’un mariage arrangé, avec un riche marchand plus âgé qu’elle. Le monde idéal de la jeune femme s’effondre face à la violence morale que son mari tyrannique et rustre exerce sur elle pour la soumettre à sa volonté.

Kumudini se rebelle et part rejoindre son frère aîné tant aimé, qui l’accueille à bras ouvert, mais celui-ci ne saura la protéger longtemps contre son destin de femme réduite au silence dans une société traditionnelle où l’homme a toujours et encore le dernier mot. Malgré sa fin tragique, c’est la lente initiation de Kumudini aux cruautés de son monde, sa révolte dont les lecteurs se souviennent, une fois le livre refermé.

Tagore s’y attaque, à travers une fiction puissante et grave, au poids de la tradition, aux maux du patriarcat et à la place problématique de la femme. Les questions que le romancier y pose sur la place de la femme dans l’hiérarchie familiale, sur son libre arbitre, demeurent encore d’une grande actualité dans la société indienne où la femme n’est toujours pas libre, réduite à son statut peu enviable du « deuxième sexe ».

Les pages les plus mémorables de ce bildungsroman au féminin sont celles de la clôture où à travers la voix du frère aîné de l’héroïne, le romancier raconte les humiliations et les oppressions auxquelles la société patriarcale soumet ses femmes. Concluant ses propos sur un ton impérial, faisant de son héroïne la représentante du genre féminin dans son ensemble, il rappelle à l’ordre les monstres qui se font passer pour hommes : « Celui qui a créé Kumu (c’est-à-dire la femme) l’a façonnée avec un immense respect. Personne n’a le droit de l’humilier, pas même un empereur ! »

Kumudini, par Rabindranath Tagore. Traduit du Bengali par France Bhattacharya. Editions Zulma. 380 pages. 22 euros

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Commentaires

  • b.finet  De 25 novembre 2015 à 8:20

    La dernière  phrase est juste MAGNIFIQUE ! ☺

    Envoyé depuis mon appareil SamsungEnvoyé depuis mon appareil Samsung

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