Décision indécise


Ne pas savoir prendre une décision, à un moment critique, peut s’avérer fatal . Pourtant, le cerveau a appris au cours de l’évolution,  des stratégies de survie très acérées : quand les indicateurs sont au rouge, c’est « flight or fight ». Pourquoi le lièvre ne s’enfuit-il pas devant son prédateur ? Sa seule chance de survie est de fuir. Pourtant il reste sur place, intrigué, intéressé … Spectacle inédit : Dame Belette exécute une danse qui intéresse, puis captive son attention, jusqu’à la fascination.

En quoi cette séquence peut-elle nous éclairer sur nos stratégies de « survie » ?  La sur-vie, c’est au delà de la vie, au delà de ce que nous connaissons de la vie habituelle. Pour l’économie de la vie « normale », nous sommes préparés à traiter de très nombreuses tâches, « connues » de nous ; notre mémoire a engrangé ce que nous avons appris de l’expérience, les circuits existent dans notre cerveau. Stimulation, réaction, réitération, reproduction, renforcement, c’est le cycle des phases d’apprentissage;  nous avons ainsi appris à nous mouvoir dans notre environnement: marcher, parler, rouler en vélo, puis  en automobile..etc;  notre cerveau archaïque, par delà notre conscience commande aussi des actions de façon automatique, qui permettent notre respiration, le battement de notre coeur,  la fabrication d’un bébé, etc … .. Tout est bien, sauf situation imprévue : que fait le cerveau du lièvre ( comme le nôtre) ? il scanne sa base de données, et quelque chose se passe, qui le cloue littéralement sur place ; le plaisir des yeux qui gradue  la curiosité, jusqu’àu charme irrésistible, et la fascination va court-circuiter les connections neurologiques habituelles, et dès lors il subit d’autant plus volontiers le spectacle ravissant de Dame Belette. Ce n’est pas le bon réflexe,……et la mauvaise décision, par défaut. Est-ce rare ? Est-ce que notre « intelligence » des situations peut nous faire défaut? ….?

Si nous vivons des situations connues, les circuits de réponse sont prêts à être ré-activés. Par une stimulation, qui peut être une pensée, une image, une odeur, une sensation , toutes les perceptions sensorielles associées ( cablage/circuits) vont faire resurgir les expériences, heureuses ou malheureuses,  liées à un évènement; nous faisons ainsi renaître des situations passées, et les ramenons au présent : et les réponses que notre cerveau va proposer sont d’abord celles qui nous servent a gérer au mieux les situations rencontrées :

Super, c’est agréable et j’ai envie de re – vivre ça ( rencontre amoureuse)… Oula! je n’ai pas envie de re- vivre ça : je résiste ( je n’aime pas du tout les conflits ) …Je doute et je ne sais pas quoi faire, alors je contourne, ou j’évite la confrontation.( je n’ai pas de solution )

IL semble que notre « intelligence des situations », à l’instar de ce qui se passe pour ce lièvre , est tout autant perturbée, lorsque la nouveauté a ce pouvoir d’attraction (fascination et perte de vigilance ); simple ! Remémorez une rencontre amoureuse ! La chaleur du moment, une douceur familière, se manifeste immédiatement Dans votre corps, et toutes les sensations réapparaissent. Si la conquête de l’être aimé est récente, même, vous pouvez rester dans un état second, à volonté : la pensée de la prochaine rencontre tient les sens en éveil, vous submerge. Vous chaussez des lunettes roses, et vous survolez le temps sur un nuage, presque oublieux du temps présent. Les humoristes taclent  les « plans drague » dans leurs dessins, et nous en rions parce que nous les comprenons: ils nous sont familiers, d’une certaine manière.

Ainsi nos pulsions reconstituent une dynamique irrépressible; qu’elle soit orientée vers la satisfaction de besoins primitifs ( sexe nourriture et agression) ou dédiée aux satisfactions du plaisir social :  être quelqu’un ( statut pouvoir possession or/monnaie) . Réprimer les pulsions est vain et dangereux ; paralysie ou explosion, les deux semblent incontrôlables, et notre vie mentale peut ainsi osciller entre une extrême et une autre inlassablement. Nous sommes un peu des esclaves qui s’ignorent; les neurones, lorsqu’ils sont répétitivement activés, créent des connexions, intrication d’émotions et de pensées. Pour de nombreuses personnes, ces comportements génériques sont subis, et rarement questionnés. Or, sans le savoir, les mêmes processsus sont en cause, quand  le balancier oscille avec autant d’intensité, dans l’état de plaisir, que dans l’autre sens, pour des émotions liées au déplaisir – voire la peur, la terreur. Quand nos pulsions semblent avoir le dessus ( je ne pouvais pas y résister , quelque chose m’y a poussé, ce n’était pas « moi » et pourtant je savais …. ) petites et grandes décisions sont souvent la résultante d’un conflit entre la peur de manquer, et le désir qui commande l’action.

Le désir provoque un appétit de satisfaction irrépressible, immédiat,  et par ce choix, dès lors, on parvient à atténuer les angoisses qui enserrent le mental ( et le corps ). On croit faire ce qui convient, ce qui semble évident et bon dans l’instant;  et la raison viendra justifier ce choix ( je ne peux pas le quitter.. il n’est pas toujours comme ça, dit la femme subissant la violence conjugale). On croit faire ce qui convient, ce qui est rationnel : la méconnaissance des ressorts motivationnels , véritable matrice de l’affect, fait prendre le risque d’avancer en « aveugle », en priant Dame la Chance ! On consulte les astres, les voyantes.. pourvu qu’on reçoive une réponse rassurante. L’action soulage et permet du surmonter l’appel du vide, ou le chaos. Le désir , et la  peur ne sont pas étrangers l’un à l’autre : ils sont intimement liés; la peur nourrit le désir d’action , qui calme et soulage l’angoisse du « rien »; réciproquement le désir crée la peur de ne pas savoir, de ne pas être  à la hauteur de vos appétits, vos ambitions.

La fuite en avant 

Dans les situations de crise, nous avons tous développé des stratégies de fuite : TOUT sauf l’inconfort du chaos qui nous trouble ! Si la situation est frustrante, nous allons (mal) accepter la frustration;   si la situation est effrayante, nous allons (mal) vivre  la terreur; si la situation est en contradiction avec notre vécu, nous allons vont (mal) gérer les conflits d’intérêt … comme pour l’état amoureux,  les émotions sont sur « pilote automatique » : elles répondent à des stimuli , qui activent les circuits neuronaux, tels des programmes installés à la force de la vie, des habitudes, et des limites qui leur sont imposées ( environnement ). Il arrive qu’après des évènements traumatisants dans leur vie , tout le corps se paralyse, et le cerveau bloque les rouages de la rationalité. Comment alors se remettre en mouvement ?… allô docteur?

Peut-on en conclure que nous sommes pilotés par notre cerveau?

Si la  « fascination » trouble le jugement du lièvre, c’est que le cerveau ne sait pas interpréter la situation nouvelle.. Ou encore cerveau refuse simplement de confronter une réalité. J’ai relevé cette interview de Anne Sinclair, qui contient tous les ingrédients d’un roman de vie.. en laquelle beaucoup de mes consoeurs (et confrères?) se reconnaîtront sans doute.. Notre naïveté a-t-elle ce pouvoir de « vouloir croire?..

Un certain nombre de processus internes règlementent et assurent nos processus de pensée  : ceux-ci incluent des besoins profonds, des souvenirs, des croyances, de modèles mentaux, des valeurs et des orientations personnelles. Hors notre conscience, sans que nous le sachions, notre vie peut être silencieusement sabotée, notre santé sapée : la fatalité? …. ou l’envie de suivre notre fantaisie? ( raison de vivre) notre conviction? (raisons de croire ). Une personne qui mène une vie très saine, se retrouve atteinte d’un cancer.. ou autre déficience immunitaire …fatalité? .. pas vraiment : cette personne vivait totalement déconnectée des messages de son corps, coupée de son corps . Croyant contrôler son corps, elle souscrivait à une discipline très sérieuse… refusant l’écoute de conflits silencieux ( sous l’emprise d’une injonction terrorisante, ou d’un souvenir enfoui etc..)

Un dernier constat : La partie du cerveau, nommée le cerveau reptilien (instinctif) assure basiquement le rôle d’exécutant : dirigé par l’instinct, ce cerveau contient le savoir ancestral de l’espèce et une partie du système involontaire. Ce cerveau est obsédé, uniquement, par sa propre survivance et non par celle de l’individu, par le contenu et non le contenant , et ce qui loge dans nos têtes est 100% emprunté à notre environnement:  notre mémoire n’est que le reflet de cette inconscience. il n’existe pas à ce niveau de jugement, ni d’arbitrage,  pour savoir le bien ou le mal;  sa seule fonction est d’activer des processus instinctifs, lorsqu’on active un déclencheur… Il s’agit de considérer les instincts comme faisant partie de votre vie,  être patient avec la peur , ou le désir – sans la volonté de les supprimer : ne tentez pas de vous convaincre, ou de justifier vos actes, lorsqu’ils sont l’expression de vos pulsions, ou réactions non contrôlées ;  ne pas réprimer vos pensées ou sentiments pour alimenter votre culpabilité ( tu es nul, tu es mauvais, tu le mérites, c’est ta faute..);  prenez la mesure, au moyen de l’ introspection, d’une conscience plus aigüe de vos besoins : c’est un arbitrage entre la peur et le désir . N’agissez pas « selon votre nature » !! la spontanéité de l’enfance est charmante, chez l’adulte, elle devient naïveté… Si votre nature commande  l’expression d’une réactivité jamais questionnée vous êtes l’esclave de votre conditionnement ; Les parties » supérieures du cerveau, ont besoin d’être consultées aussi .

« L’homme ne peut découvrir de nouveaux océans , tant qu’il n’a pas le courage de s’éloigner  des côtes » 

 

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